LES MAINS NUES: UNE NOUVELLE ARME DE DESTRUCTION MASSIVE – Ivoir' Press
Côte d'Ivoire

LES MAINS NUES: UNE NOUVELLE ARME DE DESTRUCTION MASSIVE

LES MAINS NUES: UNE NOUVELLE ARME DE DESTRUCTION MASSIVE
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C’est une véritable énigme. Un mystère. Les stratèges des guerres du troisième millénaire devraient pouvoir s’en inspirer : comment une foule de manifestants, qui ne possède pas la moindre arme, peut blesser des soldats lourdement armés, retranchés derrière une muraille de barbelés et protégés par plus d’une centaine de chars ? Les mains nues, voilà donc la nouvelle arme de destruction massive de demain.

Le jour viendra certainement où même les grandes armées du monde jetteront aux orties leurs armements puissants et sophistiqués, pour créer des régiments et des bataillons de militaires aux mains nues, redoutables commandos qui assumeront la mission historique d’élever la non-violence au rang d’arme nucléaire. Mais, en attendant, il n’est pas interdit de penser que c’est sans doute là, pour ce qui concerne la boucherie commise à l’Hôtel Ivoire par des soldats français, une de ces grosses ficelles de la manipulation de l’information et de la désinformation qu’utilisent, avec un art consommé, certaines puissances pour faire basculer l’opinion en leur faveur quand elles entreprennent de criminaliser leur intervention dans de petits pays qu’elles veulent dominer éternellement. La leçon, depuis ce mois de novembre de funeste et funèbre mémoire, est limpide : des manifestants aux mains nues, à défaut de tuer, peuvent blesser. Il faut, aussi, à défaut de s’en méfier, entreprendre des actions musclées qui les dissuadent, ou les fassent taire à jamais. Surtout quand ce sont des “ patriotes-extrémistes-facsistes- pro-le-pouvoir-en-place ”.

La dernière crête franchie par la crise ivoirienne, vue du côté français, pourrait en donner la parfaite illustration. Le commandant de la force Licorne, le général Henri Poncet, proclame que ses soldats et lui ont été attaqués, lors des derniers événements, par de véritables milices. Il parle, comme le disent les Ivoiriens, dans la bouche et avec la bouche de son ministre de la Défense. Pour qui juste un peu moins d’une centaine de soldats français auraient été blessés : plus exactement 78. A ce propos, Le Canard Enchaîné du 13 décembre dernier tresse quelques petites phrases chargées de sens et d’un humour dévastateur : “Côté français, on ne néglige pas le front de la désinformation. Le commandant des opérations spéciales (COS) a beaucoup sollicité sa cellule psychologique qui fait appel à des consultants extérieurs. Ce sont eux qui ont soufflé à la pauvre MAM (NDLR : Michèle Alliot-Marie, ministre français de la Défense) le chiffre de 78 blessés français lors de ces affrontements. Face aux 57 morts annoncées (mais pas encore vérifiées non plus) des Ivoiriens, il fallait faire bon poids. En fait de blessés, ce chiffre de 78 correspond au nombre recensé de consultations des militaires ces jours-là, petites blessures comprises. Et encore, on ne compte pas les blessures d’amour-propre ”.

On a tout compris. Mais que cela n’affranchisse personne de la réflexion, et ne fasse pas abdiquer la raison, l’éveil et la veille. Ceux qui banaliseraient cette technique de la victimisation du bourreau ont tort. L’histoire immédiate de la Côte d’Ivoire doit pouvoir les instruire suffisamment. Rien donc, dans cette affaire, ne doit être ni négligé ni laissé au hasard.

Aussi, à l’énigme des mains nues qui blessent, s’ajoute-t-il, désormais, le mystère porté par une interrogation : comment des manifestants que des autorités françaises disent armés, ces “véritables milices”, selon les bons mots du général Poncet, n’ont-ils pas blessé un seul civil blanc par balle à travers toute la ville d’Abidjan ? Il faut croire que ces dizaines de milliers de manifestants-miliciens qui avaient alors envahi, pendant des jours, les rues de la capitale administrative de la Côte d’Ivoire, étaient moins que de piètres tireurs : ils ne savaient peut-être même pas se servir d’une arme. Il y en avait pourtant, en leur sein, a-t-on fait croire, qui étaient armés de kalachnikovs ; pas moins ! Mais ils ne savaient peut-être pas non plus que c’étaient des armes. Ce n’étaient pas des professionnels de la gâchette qui blesse, décapite, tue… comme ceux qu’ils avaient en face d’eux. Et qui ont alourdi le trophée de chasse de l’armée française : Rwanda, Cameroun, Madagascar, Algérie, Indochine, etc. Et désormais Côte d’Ivoire.

Pillages, vols, et même viols ont été le sinistre lot de la folle semaine noire de novembre dernier. Côté français s’entend, d’abord. Mais, aussi, et sans doute à un degré peut-être moindre, d’autres étrangers et quelques Ivoiriens en furent-ils des victimes. Il faut le regretter et le condamner. Mais que l’on n’oublie pas que des acteurs, et pas des moindres, annoncent l’apocalypse pour encore très bientôt. Et désinformation et manipulation de l’information obligent, pour mieux préparer et dresser l’opinion nationale mais surtout internationale qui nous gouverne, il semblerait que la soldatesque française ici, pendant que le chef annonce l’explosion sociale, scrute l’horizon pour décoder les signes du vent et du temps pour appréhender les nouveaux traquenards que prépareraient les milices-patriotes.

D’immenses efforts ont été accomplis pour que le génocide rwandais soit escamoté dans la mémoire de l’histoire du continent noir et même du monde entier, afin que les acteurs – idéologues, concepteurs, exécutants, complices – aient la vie sauve, après avoir tué, ou fait tuer, près de deux millions de Rwandais. La Côte d’Ivoire pourra-t-elle y échapper ? Il le faut. Voilà pourquoi les Ivoiriens doivent regarder les mots et écouter les gestes.

ziomouss@yahoo.fr

Auteur: ZIO Moussa – Fratmat – 22/12/04

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