Le président Gbagbo : “Il y a des problèmes qu’on ne règle pas par les armes” – Ivoir' Press
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Le président Gbagbo : “Il y a des problèmes qu’on ne règle pas par les armes”

Le président Gbagbo : “Il y a des problèmes qu’on ne règle pas par les armes”
Ivoir' Press

“Vous demandez de faire un forum maintenant, parce que le forum que j’ai convoqué était venu trop tôt. Je pense qu’il est toujours temps de discuter. Je regrette que ceux qui ont pris les armes ne soient pas venus parler tous au moment où le forum a été convoqué. Mais c’est la réflexion. Je n’étais pas président de la République, mais je regardais mon pays évoluer. Et donc, pendant la campagne électorale, et je l’ai écrit dans ma notice de campagne que l’une des premières choses à faire dès que je suis élu, ce sera d’organiser un forum de la réconciliation nationale pour que tous les problèmes soient mis à plat. Et quand vous regardez bien, Marcoussis ne soulève aucun problème nouveau. Tous les problèmes soulevés par Marcoussis l’avaient été par le Forum de réconciliation nationale. Mais Marcoussis, et c’est en cela que je ne suis pas d’accord, veut régler ce problème au pas de charge. Il y a des problèmes qu’on ne règle pas au pas de charge, sinon on casse le pays. Il y a des problèmes qu’on ne règle pas avec le fusil sous la tempe sinon on casse le pays. Il y a des problèmes, parce qu’ils existent depuis très longtemps. Pour les résoudre il faut mettre aussi du temps. Je soulève pêle-mêle quelques problèmes. Le problème de la présence des étrangers en Côte d’Ivoire. Quiconque dit que c’est Gbagbo qui a créé ces problèmes est manifestement de mauvaise foi. La Côte d’Ivoire a été créée par décret de Chardy Kardo en 1893. Mais, bien avant ce décret-là, la partie forestière de la Côte d’Ivoire était déjà en exploitation pour l’acajou essentiellement d’abord, puis le café introduit par le colon Verdier qui a joué un peu le rôle de gouverneur en attendant qu’on affecte Binger ici. Pour faire ces travaux, y compris le travail de la construction du Port, donc du Canal de Vridi qui a été étudié depuis 1884, des chemins de fer, il fallait faire venir de la main, d’œuvre du pays mossi, du pays sénoufo et de l’Ouest de la Côte d’Ivoire. Nous sommes un certain nombre de chercheurs à avoir travaillé sur ce sujet. Mais, depuis la fin du 19ème siècle, on fait venir de gré ou de force des travailleurs pour la mise en exploitation de la Côte d’Ivoire. Ce n’est pas un problème de Gbagbo. Et vouloir régler ce problème ici, comme ça, parce que Marcoussis l’a demandé, en une loi en deux jours, on se trompe. Si vous partez de Yamoussoukro pour Daloa, vous rencontrerez des villages tels que Koupela, Koudougou, Garango… ils sont là depuis longtemps. La plupart d’entre eux sont devenus Ivoiriens, et je m’en réjouis. Mais qu’on ne règle pas ces problèmes comme ça parce qu’il y a des armes. Donc, en deux temps, trois mouvements, on envoie un petit projet de loi à l’Assemblée et on le règle. Ce n’est pas vrai. Vous comprenez ce que je veux dire. Donc le forum, oui on peut le faire tout le temps. Et il serait bon effectivement qu’après la cessation totale des hostilités, après que l’unité nationale eut été recouvrée, il serait bon qu’on convoque un nouveau forum. Je suis d’accord avec vous. Mais les problèmes liés à la prise des armes, il faut d’abord les régler, il faut d’abord fermer cette parenthèse. Il faut d’abord que les Ivoiriens comprennent que ces problèmes-là, on ne les règle pas par une prise d’armes. Je touche du bois, même s’ils m’avaient tué, quel problème ça aurait réglé ? Je rappelle à tous les Ivoiriens que le coup d’Etat de 1999 était censé régler le problème de l’éligibilité. Mais il ne l’a pas réglé. Parce qu’il y a des problèmes qu’on ne règle pas par la violence vous comprenez. Donc je suis d’accord pour qu’on fasse un autre forum. Mais ma préoccupation aujourd’hui, c’est qu’on referme la parenthèse de la guerre. C’est à l’intérieur d’une Côte d’Ivoire réconciliée avec elle-même qu’on peut discuter et qu’on peut faire des réformes. Les réformes ne sont pas achevées. Au contraire, nous sommes au début de la période des réformes, et on discutera. J’en prends acte parce que je considère ça comme une proposition.
Vous dites que, dans les sphères internationales, on parle beaucoup de reconstruction des pays qui nous entourent. Mais nous parlons de la reconstruction de notre pays. Ça ne me fâche pas qu’on parle de reconstruction des autres pays. Mais là où vous m’avez placé, mon devoir, c’est de parler de la reconstruction de la Côte d’Ivoire. Et j’en parlerai. Mais je pense que maintenant, il faut réunifier d’abord et puis après nous allons mettre les moyens en place pour faire la reconstruction. Donc, ne vous inquiétez pas pour ça. Notre pays a son avenir dans nos mains. Ça, je me tue à l’expliquer toujours et ça ne me vaut pas que des amitiés. Les gens pensent que je cherche à refermer mon pays sur soi-même. Ce n’est pas vrai. Mais je veux dire que, dans tous les pays du monde, tant qu’il n’y a pas une volonté de l’intérieur de se développer, on ne se développe pas avec l’aide. L’aide vient nous aider à allonger notre bras. Quand tu vois un régime de bananes qui est mûr, ce n’est pas le bâton qui cueille le régime de bananes (…) Le régime de bananes doit servir à nourrir ta famille. Alors tu cherches les moyens. Alors c’est soit un bâton, soit une machette… Mais si tu regardes le régime de bananes et que tu décides de passer ton chemin, le régime de bananes restera-là. Parce qu’il n’y a pas la volonté intérieure en toi de couper ce régime de bananes-là. Alors, il ne faut pas qu’on surestime les instruments que la politique place entre nous-mêmes. Ça, ce sont des instruments. Ce qui est décisif, est-ce que, oui ou non, nous voulons faire de notre pays, un pays grand ? Un pays qui prend toute sa place ? Moi, j’en ai la volonté. Je vous remercie. (applaudissements).

M. Philippe Gbétibouo : Monsieur le président, j’étais assureur. Maintenant, je suis éleveur laitier. Je me spécialise un peu dans les génies civils et les bâtiments ruraux. Au niveau des opinions, je serai plutôt proche du président Laurent Dona Fologo. Mais, je ne prendrai pas de carte là-bas, parce que les partis ne m’intéressent pas (…) Je voudrais rappeler que j’ai participé au Forum pour la réconciliation nationale en tant que secrétaire général adjoint. Et lorsque les présidents Gbagbo, Bédié, Guéi et le Premier ministre Alassane Ouattara ont échangé avec leurs épouses (…) et que le Premier ministre Seydou Diarra est venu nous dire de rendre les actes du Forum, j’ai posé la question suivante au Premier ministre : “Est-ce que le fait qu’Alassane Ouattara, Gbagbo Laurent, Bédié Konan, Guéi Robert et leurs épouses échangent des civilités arrange-moi mon problème à Daloa ?” J’ai ici des frères de Daloa, et vous connaissez un peu ma famille, Monsieur le président. Nous avons été chassés chaque fois qu’on a voulu écarter les résistants de l’habitation (…) Gbeuliville donne sur le quartier Dioula. Et Kanaté Valy, Samba Coulibaly, Diabara Idrissa, tous ceux-là sont nos frères. Et j’ai dit qu’on ne pouvait pas tout régler à partir du moment où quatre individus et leurs épouses échangent pendant que nous, nous sommes en train de nous bouffer le nez à Daloa. Et qu’il fallait des relais. En réfléchissant, j’ai pensé que les relais d’opinion que sont les représentants des groupes ethniques, les ambassadeurs pouvaient porter le message de la paix. Que font-ils ? Quelles sont les possibilités du pouvoir pour vérifier qu’ils sont efficaces dans leur travail de réconciliation ? C’est ce que je suis venu vous demander, Monsieur le président de la République.

Bitty Kouyaté (AFJCI) : L’association des femmes juristes de Côte d’Ivoire par la voix de sa présidente, Me Bitty Kouyaté, a l’honneur de bien vouloir vous poser une question à deux volets. Monsieur le président de la République, nous sommes à un an des élections générales. Que comptez-vous faire pour que ces élections se déroulent aux dates prévues ? Comment, d’après vous, Monsieur le président de la République, peut-on parvenir à une paix durable ?

Laurent Gbagbo : Chère présidente, il faut commencer par le commencement. C’est-à-dire qu’il faut commencer par désarmer. C’est à partir de ce moment-là qu’on peut parler de délai. Mais, jusqu’à présent, je pense que si le désarmement a lieu dans le délai fixé par la CNDDR, par l’ONU et confirmé à moi-même lundi dernier par la CNDDR, on peut faire les élections aux dates prévues. Nous avons quand même un atout appréciable, c’est que toutes les listes électorales de tous les bureaux de vote de 2002 sont conservées intactes. Aucune d’entre elles n’a été brûlée puisqu’elles sont informatisées et gardées ici à Abidjan. Donc, à partir de là, nous pouvons retrancher les morts, ajouter ceux qui viennent d’avoir 18 ans. Je crois que ce n’est pas ça qui est ma préoccupation fondamentale. Ma préoccupation, c’est de commencer par le commencement. C’est-à-dire que le désarmement ait lieu et que l’administration soit redéployée. On n’aura pas autre chose à faire que de préparer les élections. Et j’ai bon espoir pour ça. Si ce n’est que ça, et si je m’en tiens aux dates fixées jusqu’à présent, les forces militaires et la CNDDR ont une réunion aujourd’hui (ndlr : mercredi dernier) sur ce sujet, et si cela m’est confirmé, je crois qu’il n’y a pas de problème.
Une paix durable. Il y en a qui disent qu’il faut faire la réconciliation avant la paix. Moi, je dis non ! On a fait taire les armes par notre politique que j’ai expliquée tout à l’heure. Il faut faire le désarmement. C’est à l’intérieur du désarmement et de la réunification du pays que la paix peut venir. Moi, je parle souvent de la Deuxième Guerre mondiale parce que mon père y a participé. Il faisait partie des troupes françaises sur le front Nord. Mais aussi parce que c’est l’un des éléments que j’ai le plus étudié dans mes travaux. On n’a pas dit réconcilions-nous d’abord entre Français collabos et Français résistants, réconcilions-nous d’abord entre Français et Allemands avant que la paix n’arrive. On dit non, mettons un terme à la guerre. Et c’est quand les termes ont été mis à la guerre que les Français se sont réconciliés entre eux ; que les belges entre eux se sont réconciliés ; les Allemands, ils se sont divisés et ils ont fini par se réconcilier en 1989. A se remettre ensemble. Ça a pris du temps. Donc, la réconciliation, ce n’est pas un décret. Ce n’est pas quelque chose qui vient comme ça automatiquement parce qu’on l’a décidé. La réconciliation, c’est tranquillement. Doucement. On vit ensemble. On se côtoie. Au départ, on se dépasse sans se saluer. Dans un deuxième temps, on se regarde et on crache (rires du public). Et puis, dans un troisième temps, on se frôle les épaules. Et puis, petit à petit, on s’engueule d’abord, on s’insulte et puis après on s’assoit et on discute. Donc c’est petit à petit que cela se fait. Mais ce qu’il faut faire d’abord, c’est de déposer les armes et que chacun puisse aller dans son village. Que les gens de Bouaké puissent aller dans leurs maisons, dans leurs villages. Ça veut dire que les usines de Bouaké puissent ouvrir, travailler, embaucher de nouveau des Ivoiriens, distribuer des salaires, nous donner des impôts. C’est ça que ça veut dire. Que les usines de Ferkessédougou, de Touba, de Korhogo, de Borotoukoro puissent ouvrir, réembaucher, travailler. C’est tout ça la réconciliation. Les gens qui se retrouvent sur le lieu de travail dans les usines de sucre, au début, ils vont se regarder en chiens de faïence. Un tel était avec les rebelles, un tel était avec les loyalistes. Et puis, au fur et à mesure, au bout de deux mois, trois mois, ils vont aller prendre leurs repas ensemble, quand la demi-heure de repos consacrée au repas va sonner. Et puis petit à petit, ça va être des histoires qu’ils se racontent. Moi, quand je rencontre le président Obasanjo, il m’envoie souvent un monsieur qui est ambassadeur et il me dit : “Celui-là, pendant la guerre civile au Nigeria, moi j’étais général en chef des forces nigérianes, lui était avec les sécessionnistes du Biafra”. Mais, aujourd’hui, l’un est ambassadeur de l’autre. Le temps a fait son œuvre. C’est toujours avec le temps que la réconciliation se fait. Et, je le répète toujours, le temps est un autre nom de Dieu. (applaudissements). Alors il ne faut pas inverser les choses. Il ne faut pas croire que la réconciliation va venir pendant que certains sont en armes et que d’autres ne peuvent pas aller dans leurs villages. Non ! c’est quand les armes auront été déposéesque la réconciliation viendra même plus vite qu’on ne le pense. Parce que les Ivoiriens ont beaucoup d’amour à donner et aussi beaucoup d’humour. Quelqu’un qui a de l’humour, c’est quelqu’un qui a de l’amour à donner. La paix durable, c’est ça. La paix durable, c’est le temps. Et je pense qu’on va y arriver. Madame, je vous remercie. (applaudissements)
Dr. Kouassi Parfait (pharmacien) : Monsieur le président de la République, j’ai une série de quatre questions à poser. Monsieur le président, qu’est-ce qu’un petit pays comme la Côte d’Ivoire a à aller faire dans une affaire de grands comme ça ? Qu’est-ce que votre avion a à se retrouver en Irak ? Vraiment je ne comprends pas. Expliquez-nous ?

Laurent Gbagbo : Ah ! vous ne savez pas mais nous sommes dans beaucoup d’endroit, hein (rires)

Dr. Kouassi Parfait : La deuxième question Monsieur le président, c’est le problème des jeunes patriotes avec la France. Vraiment expliquez-nous? Je crois savoir que c’est le président de la République de Côte d’Ivoire qui a sollicité la France pour qu’elle intervienne dans notre conflit. Donc, je trouve la présence des forces françaises justifiée. Je comprends mal, dans ce contexte-là, que les forces françaises fassent l’objet d’un harcèlement continuel de la part des jeunes patriotes et que les autorités laissent faire. Cela donne une impression de désordre et de déliquescence de l’autorité de l’État. Cela me dérange. Je voudrais avoir votre vision très clairement sur ce point. Maintenant, je voudrais parler de l’impôt pour la reconstruction nationale. Parce que je suis opérateur économique et, depuis quelques mois, il y a un impôt qui est levé pour la construction nationale. Je vous avoue que je ne le comprends pas. Nous sommes tous des victimes de cette guerre. Nous ne comprenons pas que, dans un contexte aussi difficile que celui que nous vivons en ce moment, on se précipite pour instaurer un impôt de reconstruction qui revient pour moi à rester dans les magnans et il est difficile de s’en soustraire d’autant plus que le pays est coupé en deux et que là où il faut reconstruire, on n’y a pas encore accès.
Mon quatrième problème, c’est la Mutuelle générale des fonctionnaires et agents de l’État de Côte d’Ivoire (MUGEFCI). Je sais qu’un aspect important de votre programme, c’est l’Assurance-maladie universelle (AMU). Or, l’embryon de l’AMU, c’est la MUGEFCI. Je ne comprends pas Monsieur le président de la République, que depuis qu’il y a des problèmes à la MUGEFCI – les journaux en parlent à longueur de journée – qu’il y ait un silence total. Vous n’intervenez pas. Alors, moi je suis là aujourd’hui, je vous sollicite afin que vous interveniez pour y mettre de l’ordre, pour y voir clair, pour voir ce qui s’y passe. Parce que nous, pharmaciens, nous sommes fatigués. Nous ne comprenons pas qu’un volet aussi important qui a un aspect social et économique que l’autorité demeure silencieuse là-dessus. Expliquez-nous, Monsieur le président (Applaudissement)
Laurent Gbagbo : Merci ! d’abord liquidons rapidement l’affaire Julia, qui n’est pas une affaire pour nous. C’est une affaire franco-française qui ne nous regarde pas. Moi, je m’amuse. Hier il y a des amis qui m’ont envoyé des journaux. Je les lis et je m’amuse à voir comment des journalistes français veulent absolument que ça devienne une affaire de Côte d’Ivoire. Ce n’est pas notre affaire. Il y a que dans un pays en guerre hélas l’Irak, deux journalistes français ont été enlevés. La France a mis sa diplomatie en mouvement pour essayer de retrouver ses deux compatriotes. Ce qui est tout a fait normal et légitime. Qu’est-ce que la Côte d’Ivoire vient faire là ? C’est que certains Français dont le député Didier Julia et certains de ses amis ont formé un groupe. Ils disent qu’ils ont les moyens de faire libérer les otages parce qu’ils connaissent toutes les connexions dans la région où les gens ont été enlevés. Et dans leur groupe, il y en a un qui est mon ami et qui a été envoyé ici. Ce n’est pas nous les demandeurs. Nous n’avons fait aucune démarche pour en être. Quelqu’un a été envoyé pour nous demander un service. “Nous sommes un groupe autour du député Julia. Nous connaissons suffisamment de réseaux et de monde dans cette partie du monde pour pouvoir faire libérer nos otages. Alors aide-nous à nous déplacer. Parce que dans ce genre d’affaires, on vous promène de ville en ville selon que vous alliez voir des connexions qui vont vous dire allez à Damas, à Annan ou au Caire, etc. Et donc il faut nous aider pour que nous ayons une mobilité”. J’ai demandé alors : “Est-ce que l’Élysée est au courant ?” Il m’a répondu : “Oui, l’Élysée est au courant. Mais ayant une diplomatie officielle l’Élysée ne peut pas officiellement nous envoyez. Ça ferait désordre. Donc, nous sommes obligés de nous débrouiller pour avoir un moyen de déplacement. La Côte d’Ivoire étant traditionnellement un ami de la France, aide-nous”. Voici ce qu’on m’a dit. J’ai dit d’accord. La présidence de la République de Côte d’Ivoire à trois avions. Je ne suis pas en même temps dans ces trois avions. Donc je vous donne le gruman 3. Allez et que Dieu vous aide. Voilà, tout mon rôle. Alors ils n’ont pas pu faire libérer les otages ça devient une affaire de Côte d’Ivoire. Et s’ils les avaient libérés, on n’allait même pas parler de nous (rires). Votre avion est parti depuis longtemps. Les gens font comme si l’avion est parti hier (ndlr : mardi dernier). Mais l’avion est là-bas depuis que les otages ont été pris. Et une fois, je regardais la télévision française, Julia est revenu une première fois en France avec notre avion qui était en gros plan. Avec “Côte d’Ivoire” dessus. Ils ont filmé, ils ont vu (rires) mais à ce moment, ils n’en ont pas parlé parce qu’ils espéraient que les otages allaient être libérés. Alors quand même, il faut au moins me dire merci (rires). Je ne les comprends pas. Ils peuvent me dire : “Laurent merci, tu nous a aidés, ça n’a pas marché mais merci”. Et puis, c’est tout. Mais on m’insulte (rires).
Voilà, on n’a pas d’affaire là-bas. Bien entendu, je souhaite que les otages soient libérés parce que eux, ils font leur travail. Mais nous n’avons rien demandé à personne. Nous n’avons même pas demandé de louer l’avion. On nous a demandé que c’est rendre un grand service à la France. Et qu’eux ils sont bien placés pour faire ce que la diplomatie officielle ne peut pas faire. Moi, je suis un chef de l’Etat. Je sais comment on fait. Ça là tout le monde fait ça. Tu envoies un envoyé spécial et puis tu envoies des gens qui grouillent à côté (applaudissement).
Nous tous on fait ça. Ceux qui grouillent à côté, si on les arrête, tu n’es pas au courant. Nous tous on fait ça. (rire général dans la salle). Donc quand ils sont venus me demander, la seule question que je leur ai posé “Est-ce que l’Élysée est au courant ?” Ils m’ont dit oui. Mais ils ne peuvent pas envoyer trois équipes, quatre équipes … j’ai dit bon prenez l’avion. Donc, il n’y a aucun secret, nous ne cachons rien. Je n’attendais rien de cela. Mais c’était vraiment des amis. Moi, j’ai une longue histoire personnelle avec la France. Donc j’ai des amis. Même si j’ai des adversaires farouches là-bas, j’ai quand même des amis. Donc parmi ces amis là, certains sont venus me voir pour dire : “Il faut nous rendre service”. Et que “ça peut aider la France”. Bon c’est tout. Ne vous inquiétez pas, il n’y a rien d’autre sauf ça.
Vous avez dit que les jeunes patriotes s’en prennent souvent au 43ème BIMA, aux Français, tout ça et que ça vous gêne. Moi aussi, c’est pourquoi, j’ai fait une déclaration dès lundi pour que les gens restent chez eux. Mais vous avez ajouté quelque chose que je vais relever. A savoir que les autorités laissent faire. Là-dessus, je crois qu’il faut en toute chose, avoir une ligne de conduite. Et se tenir à cette ligne de conduite. Je l’ai déjà dit et je le répète. Les jeunes qui se sont baptisés “patriotes” soutiennent la légalité constitutionnelle. Moi j’ai été enseignant. J’ai commencé à enseigner depuis septembre 1970. Ça fait 34 ans. J’ai vu beaucoup de jeunes passer dans ma maison, passer dans mes classes, passer dans mes amphithéâtres. Certains ont pris les armes. Nombreux parmi eux ont été des élèves et des étudiants. Mais dans cette tranche d’âge, certains jeunes ont les armes contre la Côte d’Ivoire. Je ne suis pas d’accord avec eux. D’autres ont pris la rue pour défendre les institutions de la République. Moi, je soutiens ceux-là. C’est clair (Applaudissement). Bon ils peuvent faire des bavures. Alors je les interpelle publiquement. Mais jamais, je ne vais prendre position pour Guillaume Soro contre Blé Goudé. Il faut que ça soit clair (Applaudissement de la salle). Entre Soro et Blé Goudé, mon choix est net. Je choisis celui qui prend la rue plutôt que de prendre les armes. C’est ça que je veux dire. Donc, quand les jeunes patriotes dérapent, je les appelle à l’ordre. Je leur ai lancé le mot, de cesser toutes attaques inutiles avant le 15 octobre contre qui que ce soit. Et de retourner chez eux. Bon parce que je n’étais pas là, j’étais à Yamoussoukro avec le président Tejan Kabbah. Quand je suis arrivé, j’ai trouvé cette pagaille. Quand Tuo Fozié, Messemba Koné, etc., et de mettre en prison, Blé Goudé, Dacouri Richard, ce n’est pas moralement concevable. Vous comprenez? Moi, je ne demande rien d’autre à Dieu que de me donner le courage d’être capable d’expliquer mes positions. C’est tout. Toute position que je prends, je peux intellectuellement la défendre. Je peux intellectuellement l’expliquer. Je crois que c’est ça d’abord un homme. En allant attaquer le BIMA, aujourd’hui, ils n’ont pas raison. Et je leur dis qu’ils n’ont pas raison. Donc de cesser. Mais ce n’est pas pour ça que je vais les envoyer là où d’autres auraient pu être. Et je les ai amnistiés les autres. Donc c’est ça (applaudissements). Il y a des dérapages, mais nous les corrigeons. Les dérapages ne sont pas l’essentiel. L’essentiel, ce sont les prises de position et le pourquoi de ces prises de position. Je vois Bernard Dadié. Ah ! il est parti. Bon ça fait rien, il devait voyager, il est parti. Je voulais faire allusion à leur propre période où ils étaient en prison et d’autres étaient dehors. Ce qui était injuste. Et je ne veux pas répéter cette injustice.
Bon l’impôt pour la reconstruction nationale. Permettez-moi de ne plus en parler. Diack Diawar est là, nous avons fait beaucoup de débats.
Les lois ont été promulguées et ont été exécutées. Mais quand tu dis comme mon point de vue n’est pas passé donc je prends les armes, c’est là le crime. Le crime n’est pas dans la divergence. Regardez-moi cette question d’éligibilité dont on parle. Qu’il y ait des divergences sur les conditions d’éligibilité, moi je trouve que c’est tout à fait normal. Je ne connais pas un pays où il y a l’unanimité. Même quand il y a parti unique, on va et on applaudit mais chacun sait ce qu’il pense. Moi j’ai assisté à plusieurs conseils nationaux en tant que directeur de l’Institut d’histoire, ça faisait rire. On applaudit ! Et quand on sort, je dis mais ce vieux-là, il nous fatigue ! Et on est encore à la présidence, on n’est même pas encore sorti de la présidence… Donc, mieux vaut que les gens extériorisent leurs pensées. Qu’il y ait des divergences sur les conditions d’éligibilité, c’est tout à fait légitime. Encore que là-dessus, ce n’est pas ceux qui nous donnent des leçons qui sont souvent les mieux placés pour nous donner des leçons. Ni à l’intérieur ni à l’extérieur. Ceux qui nous donnent les leçons ne sont pas très très bien placés. Moi, j’ai ici les textes, j’étais député, j’ai ici tous les textes qui ont été présentés et qui ont emmené les problèmes d’éligibilité. Bon. Même les États, les États qui sont là, mais il y a des États dans lesquels c’est compliqué. Dans la plupart des pays africains, récemment indépendants, il y a un nationalisme qui transparaît dans les conditions d’éligibilité. Il faut se défaire du maire ivoirien lui-même d’origine, etc. Mais ça, c’est ça qu’on fait au Burkina Faso, c’est ça qu’on fait en Côte d’Ivoire, en Sierra Leone, même ceux qui sont descendants des familles noires américaines, eux ils n’ont même pas droit du tout à être candidat à la présidence. Je connais un pays pas très loin mais pas très proche où pour être candidat, il faut être national pendant quatre générations. Il y a d’autres pays or, il faut être d’une certaine religion, votre femme circoncie, ah oui ! donc ça ce sont des débats qu’on peut avoir, qu’on peut faire de façon intellectuelle, on peut faire dix colloques. Mais quand tu prends des armes que c’est condamnable. Donc voilà ce que je voulais dire. Moi, les divergences dans la classe politique, vraiment, ça ne me trouble pas du tout. Je suis habitué à ça. Je suis forgé pour affronter des divergences, mais quand on se met d’accord sur quelque chose, il faut appliquer. Donc chers amis, je crois qu’on est arrivé à la fin, en tout cas moi je suis arrivé, j’ai fini. Un bon conférencier, c’est toujours un conférencier qui se pose des questions et qui répond à toute bonne question. Donc, je suis arrivé à la fin des questions qu’on m’a posé et je vous remercie.
A nous revoir.
Propos recueillis par Coulibaly Zié et Herman Bléoué
Notre Voie – 08/10/2004

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