3 semaines après sa visite surprise en Libye La visite de Gbagbo à Kadhafi livre ses secrets – Ivoir' Press
Côte d'Ivoire

3 semaines après sa visite surprise en Libye La visite de Gbagbo à Kadhafi livre ses secrets

3 semaines après sa visite surprise en Libye La visite de Gbagbo à Kadhafi livre ses secrets
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Pour une visite prévue d’un homologue, le colonel Muammar Kadhafi pousse l’outrecuidance à ne pas être présent à Tripoli ce lundi 1er mai 2004 ?Le leader de la Jamahiriya arabe libyenne est à environ 300 km de la capitale, quelque part dans le désert. Que faire ? Retourner à Abidjan ou rejoindre le dirigeant libyen là où il se trouvait ? Le président Laurent Gbagbo opte pour la deuxième solution c’est-à-dire retrouver l’homme dans le désert… à la tombée de la nuit selon les consignes strictes de Tripoli. Loin de se sentir frustré, humilié ou découragé, le président se décide à faire le saut dans l’inconnu. Aux alentours de 20 heures ce jour-là, le cortège du président ivoirien constitué de véhicules de type 4×4 s’ébranle avec tous les risques que cela comporte : la sécurité du convoi qui n’est pas garantie l’incertitude sur l’accueil que réserve l’homme fort de Tripoli…Arrivés aux environs de minuit, M. Laurent Gbagbo et la délégation se retrouvent en plein désert. Ils retrouvent là Kadhafi, assis sous des tentes avec ses hommes en train de manger du méchoui dans la pure tradition arabe. Le guide libyen accueille avec un brin de chaleur le N°1 ivoirien et ne manque pas de dire à son hôte combien il est courageux. Il ne faut pas oublier que Kadhafi est un militaire et comme tout bon soldat, il affectionne des traits de caractère tels le courage, la détermination, la témérité qui décident les hommes d’armes dans leurs rapports avec les autres et les poussent à adopter ou à ne pas aimer un individu. Mais par dessus tout, l’humilité du président Gbagbo a été l’élément catalyseur du bon accueil à lui réservé par le dirigeant libyen et de toute l’attention dont le chef de l’Etat ivorien a bénéficié. En effet, un autre président de la République dribblé comme l’a été M. Gbagbo à l’audience de Tripoli aurait-il pu avoir les ressources morales ou spirituelles nécessaires pour s’élever au-dessus de ce fâcheux rendez vous manqué ? Difficile de répondre. Cet incident apparemment bénin a pesé lourd dans les liens qui ont uni les deux hommes. Pourquoi M. Laurent Gbagbo tenait-il tant à cette rencontre ? Pour corriger la perception de Kadhafi de la crise ivoirienne. Le chef de l’Etat ivoirien était à peu près sûr que certaines personnes disaient des contrevérités à Kadhafi sur les raisons de la crise ivoirienne. Cette stratégie est payante, puisqu’après les explications du dirigeant ivoirien sur les sujets qui peuvent fâcher Kadhafi à propos des raisons supposées de la guerre en Côte d’Ivoire : extermination ou chasse aux musulmans (charnier d’octobre 2000), refus de voir un musulman à la tête du pays… l’hôte de Laurent Gbagbo a mieux cerné le conflit ivoirien. Documents (sonore et écrit) à l’appui, le président explique les raisons de la guerre qui ravage son pays depuis dix huit mois et des crises qui ont précédé. Il fait projeter sur écran les preuves qui démontrent qu’il n’a rien contre les musulmans : ouverture d’une ambassade en Arabie Saoudite, financement de l’achèvement de la mosquée du Plateau, financement du pèlerinage à la Mecque au profit de milliers de musulmans chaque année, la liberté de prière hebdomadaire de fidèles sur un parking sis devant le Palais présidentiel au Plateau et le fait que son entourage est composé également de musulmans. Les raisons de la crise sont ailleurs, conclut-il. Ceux qui ont attaqué la Côte d’Ivoire sont venus du Burkina Faso où ils ont été entraînés et vous le savez, ajoute-t-il. Kadhafi, selon nos sources, aurait reconnu qu’il a donné des armes au Burkina Faso à cette période. Savait-il que la rébellion se préparait ? L’a-t-il soutenu sur la base des menaces qui pèseraient sur les musulmans ? En tout état de cause, les deux hommes ont harmonisé leurs vues toute la nuit durant. Le signe de l’amitié profonde venait de s’établir entre eux. Laurent Gbagbo venait de réussir le tour de force de convaincre le leader de la Jamahiriya arabe libyenne et de couper par la même occasion l’herbe sous les pieds des rebelles ivoiriens pour leur ravitaillement en armes par le port de Benghazi. C’est au petit matin que les deux chefs d’Etat se séparent afin de se reposer. Pour se retrouver un peu plus tard afin de fixer les images de la rencontre devant les objectifs des hommes de médias. La télévision ivoirienne a montré par exemple les dons faits par Laurent Gbagbo à Muammar Kadhafi (Boubou africain, pagne kita…). C’est ce boubou que portait le dirigeant maghrébin lors du sommet du Cen Sad (Comessa) à Bamako au Mali. Les observateurs s’interrogent encore pour savoir comment le contact a été établi entre les deux hommes. Hormis les chefs d’Etat de la sous-région qui ont apporté leur grain de sel, c’est le président nigérien Mamadou Tandja que l’on cite principalement comme le maître d’½uvre de ce rapprochement.

(© L’inter – 28 mai 2004 )

 

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